Les noyades de Nantes.
Liberté, égalité, fraternité, sont les mots choisis pour la
devise de la république française. L’intention semble bonne. Mais rien ne
marche. Voilà pourquoi.
Je commence par l’ « égalité ».
L’égalité
L’élan vers l’égalité émane d’un souhait de justice et d’équité.
C’est louable.
Mais cet élan général vers l’égalité est animé par un
sentiment personnel d’inacceptation de l’inégalité de l’autre. Je refuse que l’autre
soit plus riche, plus beau, plus intelligent. Ce refus d’inégalité, hélas, va
jusqu’à la haine de l’autre. Ce refus d’inégalité marque l’époque contemporaine :
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Le
refus d’inégalité à la naissance a conduit aux massacres de familles entières à la
Révolution Française. Il est insupportable pour un sans-culotte que la
naissance conduise à priori à un destin différent.
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Le refus d’inégalité de propriété a conduit aux
massacres des paysans russes propriétaires de la terre qu’ils travaillaient :
les koulaks. Le nombre de tués par la « dékoulakisation »
est estimé à 5 millions. Il
est insupportable pour un socialiste soviétique que la fortune soit répartie de
façon inégalitaire.
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Le
refus d’inégalité des peuples a conduit aux massacres des juifs par le
socialisme national allemand. Le nombre de tués par la shoah est estimé à 6
millions. Il est insupportable pour un socialiste national qu’un peuple
soit à la fois brillant et prétende être élu de Dieu.
La proclamation
d’égalité est le masque élégant de la jalousie.
La liberté
Les élans vers l’égalité sont d’autant plus mortifères qu’ils
sont libérés de la crainte de la transcendance ! Nulle crainte que l’âme
du défunt ne vienne hanter le meurtrier. Nulle crainte que le jugement de Dieu
ne vienne sanctionner le coupable.
Ces élans mortifères sont débarrassés de la crainte de la
transcendance par le principe séduisant de la « liberté ». L’article
1 de la déclaration
de principe du Parti Socialiste français dispose par exemple que « Le
but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine. »
S’émanciper de toute crainte de ce qui nous dépasse, voilà qui ouvre la porte
au pire.
La liberté sans frein devient alors la liberté de porter atteinte à
la vie de l’autre, dès lors que cette atteinte à la vie est légitimée par le pouvoir politique. Le XX° siècle, de très loin le plus meurtrier de tous, nous en produit la cruelle démonstration.
La fraternité
La « fraternité » trouve sa limite dans le rejet de
ceux qui sont hors de la « fratrie ». La fraternité universelle a été
dégradée, et s’est muée en un enfermement entre ceux que je reconnais comme
étant mes « frères».
La renaissance des mouvements nationalistes en Europe est caractéristique
de cette « fraternité » communautariste et exclusive de l’autre.
Remarquons qu’en France le courant nationaliste, aujourd’hui très vivace,
adhère à cette notion de « fraternité ».
La fraternité ostentatoire est-elle un bon choix ? A l’inverse, la charité discrète n’est-elle pas une vertu plus élevée ?
La fraternité ostentatoire est-elle un bon choix ? A l’inverse, la charité discrète n’est-elle pas une vertu plus élevée ?
La devise de la république française est la façade
séduisante d’une réalité plus terne.
A la source, d’ailleurs, la république est née en massacrant
des innocents, puis n’en a jamais exprimé le moindre regret officiel. Ce
fondement vicié n’est-il pas de nature à générer une devise viciée ? Un
effort de lucidité permet d’envisager qu’il y ait eu une erreur fondamentale de
conception à la naissance de la république.
Je crois que ce vice de conception est que les grands
principes de liberté, égalité, fraternité, restent intacts s’ils sont cantonnés
au domaine de l’intime, mais qu’ils se dégradent dès qu’ils sont imposés par un
projet de société.
Dans le domaine de l'intime, nous préférons le libre arbitre de chacun à la liberté des masses, l’égalité en
dignité plutôt que l’égalitarisme imposé, et la discrète charité plutôt que l’ostentatoire
fraternité.
Mais la devise de la république est née de l’ambition orgueilleuse que la
sphère politique doit arbitrer les vertus privées. Cette intrusion du politique dans le domaine de l'intime a des conséquences mortifères,
et il est temps d’éclairer notre conscience sur ce sujet.
Je propose que la devise de notre pays pose des principes
de gouvernement, qui
aient pour destinataire le seul gouvernement. Ces principes de gouvernement peuvent être ceux posés par Platon : la prudence,
la tempérance, la justice, et la force.
La puissance de ces principes platoniciens émane de leur interaction (la tempérance jugule la force, la force sert la justice, la justice est pratiquée avec prudence, etc...), tandis qu'à l'inverse la devise française actuelle est une addition de trois idées sans cohérence principielle et sans tempérance.
La puissance de ces principes platoniciens émane de leur interaction (la tempérance jugule la force, la force sert la justice, la justice est pratiquée avec prudence, etc...), tandis qu'à l'inverse la devise française actuelle est une addition de trois idées sans cohérence principielle et sans tempérance.
Au total, je crois que nous avons le devoir impérieux de tempérer la volonté de toute puissance de la sphère politique. A défaut, nous préparerions encore la voie à d’atroces douleurs.













